Rôles:

film X, Cinéma Spoutnik, Cinéma 2, Autre cinéma, Festival, Distributeur, Réalisateur, Ami du réalisateur.
 

 

 
  Feuilleton en 5 actes

 

 

 

Acte 1, printemps 2001.

Cinéma  Spoutnik au distributeur:
- Bonjour, je vous appelle au nom du cinéma Spoutnik qui serait très intéressé à programmer le film X. Une copie serait-elle disponible et à quelle condition ?... blabla petite salle alternative... blablabla... dossier de presse...
- En effet, nous avons les droits de ce film pour la Suisse, mais nous sommes en accord verbal avec les responsables du cinéma 2 pour qu’ils le projettent dans les mois à venir. Désolé.
Quelques jours plus tard, dans le cinéma 2, je croise le responsable:
- Quand pensez-vous programmer le film X? Je suis impatiente de le voir.
- Nous ne savons pas. La longueur du film (plus de 2h30) complique nos horaires et puis nous avons d’autres films plus prioritaires. Si vous êtes intéressés, prenez-le à Spoutnik et faites part au distributeur de notre accord.
Cinéma Spoutnik au distributeur :
- Bonjour, j'ai eu l’occasion de parler avec le cinéma 2 qui renonce au film X et nous donne son plein accord pour le programmer dans notre salle. Reblabla…
- Nous ne voulons pas que ce film soit pris chez vous…trop peu d’entrées, donc trop peu de rentabilité... Nous ne sommes pas pressés et tenons à notre accord avec le cinéma 2. Désolé.

 
Acte 2, automne 2001.

Un jour de pluie passé dans le cinéma 2, je croise à nouveau le responsable.
Cinéma Spoutnik :
- Bonjour, où en êtes-vous avec le film X ?
- Je croyais vous avoir dit que nous n’étions plus intéressé et préférions que ce soit vous qui preniez le film.
- Ah ? Moi aussi, mais la réponse du distributeur a été très nette et je pensais que vous étiez revenu sur votre décision.
- Pas du tout.
Cinéma Spoutnik au distributeur:
- Bonjour (naïve), alors, où en êtes-vous avec la sortie du film X au cinéma 2 ?
- Je ne sais pas et je n’ai pas le temps de vous répondre. Le collègue qui s’était occupé du film ne travaille plus ici. Laissez-moi vos coordonnées et je vous rappelle demain. Merci.
Cinéma Spoutnik au distributeur:
- Bonjour, je viens aux nouvelles du film X.
- Ah oui, excusez-moi, nous étions débordés et je n’ai pas eu le temps de répondre à votre question, je vous rappelle demain, c’est certain. Merci.

 

   La longue histoire d’une tentative d’enlèvement du film X 
 

 

Acte 3, printemps 2002.

Après plusieurs tentatives infructueuses, où on nous donne chaque fois une raison différente de ne pas montrer ce film, nous ne parvenons même plus à obtenir de réponse de la part du distributeur, puisque leur réception filtre nos appels.
Nous attaquons le plan B.
L’un de nous connaît un ami du réalisateur. Nous le contactons et lui expliquons la situation afin qu'il en parle au réalisateur. Nous sommes à nouveau confiants. A tort.

 
Acte 4, été 2002.

Malgré l’explication et le soutien du réalisateur, ce dernier affirme être impuissant dans ce genre de situation : les droits exclusifs pour la Suisse sont chez le distributeur, par conséquent il ne peut nous laisser une copie pour la montrer à Spoutnik. Même un courrier de sa part, stipulant son souhait de voir son film chez nous, ne servira à rien. Dépités, nous apprenons qu’un festival s’intéresse également au film. Nous lui donnons le bébé en lui souhaitant beaucoup de courage et de ténacité. En principe, un festival a beaucoup plus de chance de les intéresser. Nous sommes à nouveau confiants. A tort.

 

         

 

Acte 5, printemps 2003

Festival au distributeur : 
- Bonjour, nous aurions aimé projeter le film X, dont vous avez les droits. Pour rappel, nous avions déjà tenté de le projeter au festival au printemps 2001, sans succès. Pouvez-vous nous dire s’il est disponible maintenant, et à quel prix ?
- Oui, nous avons ce film en distribution. Je prends note de votre demande, je vous rappelle demain.
Festival au distributeur : 
- Bonjour, j’attends votre réponse depuis une semaine. Pouvez-vous me répondre pour le film X?
- Je ne peux pas vous répondre maintenant, je dois en référer à mon chef. Mais je vous envoie un mail cet après-midi.
Une semaine plus tard, festival au distributeur : 
- Bonjour, je souhaite parler au chef s’il-vous plaît.
- Oui, bien sûr, un instant…… c’est de la part de qui ?
- Du festival.
- Il est en réunion, je peux lui transmettre quelque chose ?
- Dites-lui de nous rappeler de toute urgence, le délai pour la rédaction du catalogue du festival approche, et nous devons savoir si nous pouvons projeter ce film X.
- Bien sûr, il vous rappellera rapidement.
Festival au distributeur : 
- Bonjour, je souhaite parler au chef distributeur.
- (voix nouvelle et novice) Oh, ils sont tous au festival de Berlin, absents pour 10 jours. Je peux vous rendre un service ?
- Nous tentons désespérément de savoir si nous pouvons projeter le film X. Savez-vous si ce film pose un quelconque problème ?
- À mon avis non. Nous avons une copie, mais elle n’est pas sous-titrée.
- Si c’est cela, nous acceptons le film, nous avons d’autres films non sous-titrés.
- Je crois que vous pourrez avoir une réponse très rapidement. Je contacte le chef distributeur ce soir, je vous rappelle demain.
Festival au distributeur : 
- Rebonjour, j’attends une réponse depuis quelques jours, que se passe-t-il ? Notre délai pour le catalogue est dans une semaine.
- Oui, bien sûr, mais je ne peux pas décider moi-même et …
- Si le problème reste le sous-titrage, il y a une solution : nous avons trouvé une copie sous-titrée en français chez un distributeur français, qui est prêt à nous la louer. Il faut juste lui envoyer un fax pour donner votre accord. Nous sommes évidemment prêts à vous payer les droits pour les projections. Pouvez-vous envoyer ce fax ?
- Oh, cela me semble une excellente solution. Je contacte le chef distributeur et je vous rappelle. (…. grand vide terriblement vide… )
Festival à autre cinéma:
- Les distributeurs suisses sont très compliqués… (blabla relire ci-dessus.) La secrétaire ne passe plus nos appels.
- À tout hasard, je vais les appeler pour dire que je souhaite également cette copie.
Autre cinéma au distributeur :
- Bonjour je souhaite la copie du film X pour ma salle. J’ai votre accord? Vous me rappelez cet après-midi pour confirmer? Parfait !
Autre cinéma au distributeur :
- Bonjour, vous deviez me rappeler pour cette copie du film X. Quelles sont les nouvelles ? Vous dites que c’est à nouveau le cinéma 2 qui est intéressé, et que par conséquent vous ne pouvez pas nous la louer ? Bon.
Autre cinéma au cinéma 2 :
- Bonjour, est-ce vrai que vous souhaitez quand-même passer ce film?
- Ce film ne nous intéresse plus depuis deux ans… Pour nous, c’est une affaire enterrée. Mais pourquoi elle ne passe pas au cinéma Spoutnik, ou chez vous ?!…

 
Épilogue :

le comité du cinéma Spoutnik passe au plan C et projette le film en DVD en toute légitime illégalité.

 

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