Notes premières de “l’homme”
 

 

L’homme se tient mieux debout que le plus anthropoïde des singes. Il a fini de se redresser.
L’on ne peut assurer pourtant qu’il ait tout à fait achevé son évolution physique. Certains indices au contraire, semblent prouver, etc. (Je ne le prends pas d’assez haut)
 
Il faut remettre l’homme à sa place dans la nature: elle est assez honorable. Il faut replacer l’homme à son rang dans la nature: il est assez haut.
 
L’homme est jusqu’à présent un animal social pas beaucoup plus policé que les autres (abeilles, fourmis, termites, etc.). Plutôt moins. Pourtant il semble à certains indices, etc.
Il a sorti de lui-même l’idée de Dieu. Il faut qu’il la réintègre en lui-même.

 

   de Francis Ponge
 

 

Curieuse insouciance…
D’une façon générale, l’insouciance de l’homme n’a pas fini de nous étonner.
Disons qu’elle est au moins remarquable (sinon admirable); certainement un trait caractéristique de l’homme.
L’homme est intrépidité et progrès. Il va de l’avant avec gaieté, enthousiasme, courage. Il a le sentiment d’avoir essentiellement quelque chose à découvrir. Il procède à peu près comme ces insectes qui battent incessamment des antennes, aveugles qu’ils sont au milieu d’un mystère géographique total.
Ainsi l’homme est-il curieux plutôt de son entourage que de lui-même. Du monde, de ses accidents, de ses ressources. Il tend à s’y promener à toutes les allures possibles (et à l’aise) – à le détruire – à le recomposer.

 

   
 

 

Puisque c’est un sujet si difficile, nous n’en diront qu’une chose: cette faculté d’équilibre, ce pouvoir vivre entre deux infinis, et ce qui résulte moralement de la prise de conscience, du dégagement de cette qualité.
 
L’homme est à venir. L’homme est l’avenir de l’homme.

 
Francis Ponge. Le parti pris des choses

 

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